Qui est Cephalus

Cephalus, qui es-tu ?

Dans ses Métamorphoses, Ovide raconte les tribulations tragico-comiques de Cephalus, jeune gaillard issu de la mythologie grecque.

Connu également sous le nom de Céphale, Cephalus est le petit-fils d’Eole (maître et régisseur des vents). Il file le parfait amour avec sa jeune donzelle au charme renversant, qui répond au doux nom de Procris. Mouais, peut-être pas si doux que ça tout compte fait… Un matin, Cephalus se fait brusquement enlever par l’Aurore, qui s’avère être un sacré canon dans son genre. Oui oui, vous avez bien lu : le bref moment où le haut du globe solaire pointe à l’horizon s’est personnifié d’un coup, comme ça, sans crier gare.[1] Mais revenons-en à notre charmante histoire : n’écoutant que ses principes et son amour inconditionnel pour Procris, Cephalus résiste aux avances de l’Aurore qui, déçue mais bonne joueuse, le renvoie fissa sur Terre. Mais pas trop près de son logis quand-même, parce qu’il ne faut pas déconner. En route pour retrouver son âme sœur, Cephalus cogite et se met subitement à douter de la fidélité de sa compagne. Vous trouvez ça tordu ? Vous n’avez encore rien lu. Lors d’une épiphanie aussi soudaine qu’inattendue, il se dit : « Hé, les mecs, je vais lui jouer un sacré tour.» C’est alors qu’il se déguise afin de ne pas se faire reconnaître et va conter fleurette à sa femme, pour voir. Chagrinée par l’absence de son cher et tendre, elle envoie paître le « prétendant » (qui, si vous avez bien suivi, n’est autre que Cephalus lui-même). Mais, d’une nature obstinée et grâce à une surenchère de promesses pour conquérir son cœur, Cephalus voit sa dame qui commence à fléchir. D’un geste victorieux, il retire alors son déguisement grotesque et pointe sur elle son gros index accusateur tout en faisant résonner le cri de Nelson (des Simpsons) sous la voûte de leur palais luxueux. Elle, morte de honte et un tantinet vexée par cette mascarade, quitte le palais et part bouder dans les bois. Puis Cephalus finit par ravaler sa fierté et présenter ses excuses à sa pauvre femme. Telle la mère Noël, elle revient alors à ses côtés avec des cadeaux qui feraient baver d’envie petits et grands. Parmi eux, un javelot magique à la pointe d’or qui atteint toujours sa cible et revient auprès de son propriétaire tel un boomerang bien dressé.

Cette mauvaise blague enterrée, les deux amants continuent de vivre leur passion dévorante et réciproque. Jusqu’au jour où…

Cephalus, parti chasser seul dans les bois, chante à pleins poumons une ode un poil ambiguë : « Viens, sois-moi favorable, Aure, à la fraîche haleine ; glisse-toi dans mon sein ; apaise les feux dont je brûle ; plusieurs fois je t’ai dû cette faveur. » Outre le meilleur compliment qu’on puisse faire à une femme (l’histoire de l’haleine fraîche), remarquez qu’il ne s’est pas trop foulé, ça ne rime même pas. Et lui d’enchaîner de plus belle : « Aure, tu fais mes plus chers délices, tu me ranimes, tu me soutiens. Tu me fais aimer les bois et les lieux solitaires. Que par ma bouche soit toujours respirée ta douce et bienfaisante haleine ! » Aure étant ici, vous l’aurez compris (ou pas), le vent. Un zigoto passant par là entend ces paroles et court les rapporter à Procris. Elle, abasourdie mais pas complètement dupe, décide d’aller vérifier de ses propres yeux si elle est effectivement cocue. Le lendemain donc, elle se cache derrière un buisson dans la forêt où Cephalus a l’habitude d’aller chasser. On devine déjà la fin… Lorsque le bonhomme se met à entonner cette ritournelle sans arrière-pensée aucune, Procris toujours cachée se met à gémir de désespoir. Et là, c’est le drame : croyant à un bon gros animal bien dodu et l’imaginant déjà tournant sur une broche, Cephalus lance son javelot magique… qui atterrit en plein dans le sein de Procris. (Bon appétit). Etonnement, désarroi, interrogation, justification. Voilà comment Procris expire après avoir été plantée par son mari aimant avec le cadeau qu’elle lui avait offert. Ironie, quand tu nous tiens…

Valentine Delattre

Source :

Ovide, Les Métamorphoses, 8 ap. J.-C.


[1] L’origine de cette hallucination fait encore l’objet de vifs débats au sein de la communauté scientifique. Les recherches actuelles portent notamment sur la composition du dîner que Cephalus prit la veille (impliquant des modélisations sur les aires de distribution passées des champignons hallucinogènes du genre Amanita, ou encore l’analyse des livres de comptes portant sur les transactions de boissons alcoolisées et de substances psychotropes dans la Grèce mythologique).

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